Au nom du Feu sacré
Esther Brassac - 15 rue du boulay - 27930 Emalleville - France - © tous droits réservés



Kamantis s’approcha et les femmes s’écartèrent pour la laisser passer. Toutes savaient
que c’était elle, la grande prêtresse, qui leur donnerait un avis aussi objectif
que possible. Elle avait tant d’expérience ! Nulle ne connaissait son âge, et même
la vieille Tarralys l’avait toujours connue, ce qui faisait d’elle la plus qualifiée
pour juger pleinement de la situation présente. Se penchant vers la première des
caisses, Kamantis enleva avec précaution le couvercle parsemé de perforations qui
en recouvraient le dessus. Elle découvrit alors un ravissant nourrisson qui provoqua
un murmure d’enthousiasme de la part des participantes à la cérémonie. Kamantis,
elle, ne semblait pas satisfaite.
— Tu sembles dubitative, l’interpella Eilanda, surprise par si peu de chaleur.
Kamantis parut ne pas l’entendre sur le moment et continua son examen dans un silence
qui devint de plus en plus pesant. Finalement, l’une des femmes présentes osa le
briser en faisant remarquer que l’enfant était bien petit et que sa peau avait la
couleur de la porcelaine, ce qui lui donnait une apparence de grande fragilité. En
effet, son épiderme était presque translucide et l’on pouvait deviner sans peine
le parcours de toutes les veines. Même sa minuscule bouche, un vrai pétale comme
le fit remarquer une admiratrice, était diaphane et constellée de vaisseaux sanguins
à la finesse arachnéenne.
Kamantis vérifia les autres caisses et confirma le diagnostic. Chaque bébé présentait
des anomalies parfois alarmantes mais différentes dans chaque cas, comme si la nature
avait voulu faire preuve d’une imagination toujours plus fertile afin de ne pas être
taxée de monotonie. L’instant était grave.
C’était au cours des dernières années que l’on avait pu constater l’apparition d’altérations
physiques sur les nouveaux-nés et, au début, cela aurait pratiquement pu passer inaperçu
sans la vigilance de Kamantis. Elle remarquait une faiblesse sur l’un d’entre eux
et faisait la moue en examinant le "coupable". Les femmes de la communauté l’avaient
trouvée bien sévère et s’étaient même demandé si son instinct maternel n’était pas
tout simplement en cause. D’ailleurs, en avait-elle un instinct maternel ? Rien n’était
moins sûr ! L’attitude de la grande prêtresse avait donc beaucoup fait parler et
l’estime dont elle jouissait au sein de la communauté du Peuple de la Terre avait
légèrement fléchi. Tout au moins, plusieurs femmes ne s’étaient pas gênées pour lui
montrer leur désapprobation.
Mais, lorsqu’au fil du temps, on avait vu se manifester de plus en plus d’anomalies,
plus perceptibles et présentes chez de plus en plus de nourrissons, alors, toutes
avaient bien été obligées de reconnaître que Kamantis ne s’était pas trompée. Et
là, en cette nouvelle journée de l’Accueil, chacune comprit que le problème
était en train de deve-



Matériel protégé par le droit d’auteur
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