Au nom du Feu sacré
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nir un véritable drame, comme une sorte de fracture qui remettait en cause l’avenir
même de leur peuple. Kamantis et Eilanda se rapprochèrent et entamèrent une discussion
à voix basse. Leur attitude à toutes deux ne laissait place à aucune incertitude :
la crise qui s’annonçait depuis quelques années allait bientôt éclater.
Afin de ne pas paraître importunes, l’ensemble des femmes s’activa autour des nouveaux-nés.
Peut-être n’étaient-ils pas parfaits selon des critères objectifs mais ils n’en étaient
pas moins adorables et avaient besoin que l’on s’occupe d’eux rapidement. Déjà, certains
avaient commencé à pleurer ; nul doute que le concert serait rapidement généralisé.
Des aires de soins avaient été organisées afin de faciliter toutes les opérations :
les biberons apportés furent réchauffés dans des récipients d’eau qui avaient été
mis sur le feu quelques instants auparavant. Des couches furent sorties et quelques
femmes se chargèrent d’emmailloter tout ce petit monde. Les étoffes dont elles étaient
constituées avaient été tissées dans les toiles les plus douces et les plus fines
par quelques expertes en magie poétique, forme d’art qui avait pour fonction principale
d’améliorer la vie quotidienne. Lorsque tous les enfants furent vêtus et nourris,
les femmes se rassemblèrent au milieu de la prairie et s’assirent pour chanter une
berceuse. Les paroles en étaient très anciennes, les mères l’enseignant à leurs filles
et fils depuis toujours mais la musique, elle, était l’œuvre d’un homme lié à la
magie musicale. Il l’avait jouée lors de la dernière Grande Rencontre entre le Peuple
féminin de la Terre et le Peuple masculin du Ciel qui avait eu lieu il y avait maintenant
dix ans. La mélodie était si belle, si envoûtante et calmante que tous avaient décidé
d’un commun accord qu’elle serait choisie pour accompagner les paroles ancestrales
de la cérémonie de l’Accueil organisée chez chacun des deux peuples. On pouvait observer
un léger endormissement s’installer graduellement chez les bébés. Les chanteuses
baissèrent d’un ton toutes en chœur et bientôt on n’entendit plus qu’un murmure,
un chuchotement, un appel au calme et au bien-être.
Lorsque le silence se fit, Kamantis et Eilanda s'avancèrent doucement et leur firent
signe de poser les enfants dans leurs couffins respectifs pour venir près d’elles.
Le moment était venu de parler. Eilanda se rapprocha encore après avoir lancé un
regard entendu à la prêtresse qui lui sourit avec approbation. Elles étaient unies
par la même tragédie et l’heure n’était plus aux conflits d’autorité, cela semblait
tellement mesquin maintenant ! Et puis il était normal que ce soit l’Elue du Peuple
de la Terre qui prenne la parole.
— Il y a une semaine, j’ai eu une conversation télépathique avec Daslan.
Toutes savaient que ce dernier était le dirigeant du Peuple du Ciel, le Tazim, comme
il était dénommé là-bas.



Matériel protégé par le droit d’auteur
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